Ce que nous sommes

Contexte et justification

La liberté de la presse, entendue comme le droit pour les professionnels des médias de chercher, de traiter et de diffuser librement les informations et celui pour le public d’y accéder tout aussi librement, devient un simple gadget, un slogan et un leurre si elle se contente, à longueur de journées, des banalités et même des futilités qui n’apportent rien en terme de formation, d’information, de changements qualitatifs et d’avancement de la communauté.

Cette « liberté de la presse » ne sert à rien si elle n’a aucun impact positif sur le développement de la cité et le bien-être de la communauté parce qu’elle n’aborde pas les questions réelles et dignes d’intérêt. Les trois missions traditionnelles des médias (informer, former et distraire) se réduisent finalement à une seule : distraire, pourquoi pas abrutir. Le nivèlement par le bas. La distraction devient une sorte d’opium pour qui place les membres de la communauté dans un état second loin des réalités de leurs communautés. Les citoyens deviennent insensibles, indifférents et manipulables à souhait !  A la longue, ils cessent d’être les maitres de leurs destins collectifs. Au point de considérer leurs situations comme une sorte de fatalité qui s’acharnerait sur eux.

Plus de 50 ans après les indépendances, le continent africain continu à faire figure de parent pauvre. L’aide au développement et les différents plans d’ajustements structurels et de développement concoctés par, entre autres, les maitres de la finance internationale n’arrivent toujours pas à booster le développement du continent, et partant à engendrer le mieux-être des ses populations. Le continent continue à offrir, à quelques exceptions près, le même spectacle désolant : pauvreté généralisée et pillage des richesses, guerres de tous genres  et massacres, instabilité politiques et dérives totalitaires, enrichissement d’une minorité au détriment de la majorité, etc.

Il est vrai qu’il est plus aisé de pointer du doigt l’autre pour se dédouaner de sa propre responsabilité dans les affres que connait le continent africain. Cela fait plus de 50 ans qu’on tire à boulet rouge sur « les impérialistes et leurs valets » et qu’ont voit des complots partout sans que cela ne change quoi que ce soit. Si cette vision de la faute à l’autre continue d’inspirer les plans de sortie des crises et de développement des leaders africains, il va de soi que l’on va droit dans des murs. Le moment est peut-être venu d’avoir le courage de regarder son nombril et de se remettre en cause. Mieux de se regarder, sans faux fuyant, dans un miroir pour se voir dans son vrai jour. L’Afrique va mal parce que ses fils et filles ne veulent pas, d’une manière ou d’une autre, qu’elle aille mieux. On peut invoquer toutes les théories savantes de développement qu’on veut. Cela ne changera en rien le continent. L’Afrique a deux défis majeurs à relever si elle ne veut pas continuer de sombrer : la gouvernance et, son pendant, la redevabilité. En effet, une analyse froide de la situation du continent montre que tous ses maux peuvent se résumer en deux : la mauvaise gouvernance (sur tous les plans) et l’absence de redevabilité (absence de sanction du public, positive ou négative, et de justice  vraie).

Désabusés, les citoyens n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. D’autant plus que la presse – l’autre pouvoir dit le quatrième – semble de plus en plus se détourner de son objecteur de conscience qu’est le public. La confiance qui régnait jadis entre le public et les médias semble avoir vécu. L’époque où la vérité était dans la presse est de plus en plus lointaine, surtout sur le continent africain, avec certes la répression et le contrôle des pouvoir politiques et d’argent mais surtout avec le contenu de nos médias qui n’intéresse plus grand monde. Le public ne se retrouve plus dans ses médias qui sont devenus les miroirs des dirigeants politiques. Les préoccupations quotidiennes du public sont soit absentes, soit traitées superficiellement ou de manière erronée, volontairement ou pas. Les gangrènes qui rongent les sociétés africaines ne trouvent presque pas de place dans les médias qui sont pleins de panégyriques. Les questions de corruption et ses corolaires, de détournement des fonds, d’évasion fiscale, de fraude douanière, de blanchiment d’argent, de trafic illicites de toutes sortes et bien d’autres encore ne trouvent presque du répondant  dans les médias du continent.

L’illustration la plus récente de ce « désintérêt » est l’affaire dite Panama Papers. Des personnalités africaines de premier plan ont été citées, parmi tant d’autres,  dans une vaste enquête sur l’évasion fiscale et la fraude. Sur le continent, beaucoup de médias ont opté pour le silence ou alors ont préféré parler de ce qui est dit sur d’autres pays alors même que dans leurs propres pays des noms sont cités. Pire encore, des stratagèmes utilisant des journalistes du continent ont été maladroitement montés pour tourner en dérision cette méga enquête sans apporter la preuve contraire. Comme dit la devise d’un satirique français, « La liberté de la presse ne s’use que lorsque l’on ne s’en sert pas », surtout à bon escient.

Il n’y a pas plus dangereuse censure que l’autocensure ! Conséquence : la désaffection des médias du continent au profit des médias internationaux, qui ne sont pas sans reproches, ou des médias dits alternatifs. Même si l’enthousiasme suscité par ces médias alternatifs et les « journalistes » dits citoyens montre de plus en plus les limites d’un genre où la sacrosainte règle de la véracité des faits a tendance à être remplacée par celle de la « viralité de l’info ». Vive la « Fake News ». La Fausse nouvelle (Fake News) est sciemment créée en toute connaissance de cause. Elle a ses champions partout même dans les vieilles démocraties comme les Etats-Unis. On l’appelle pudiquement « fait alternatif » pour reprendre une expression controversée de Sean Spicer, l’ancien attaché de presse du président américain Donald Trump.

Il convient justement de remettre les vraies questions de gouvernance et de redevabilité au cœur des communautés  par l’entremise des médias. Il convient de redonner son pouvoir aux médias du continent en faisant d’eux de véritables phares de leurs sociétés. Il appartient donc aux journalistes et autres professionnels de médias d’user de cette liberté de la presse qui change positivement des vies, qui transforme la communauté. C’est de cette manière seulement que la presse du continent peut jouer son rôle  de « quatrième pouvoir » indépendant des trois pouvoirs traditionnels de Montesquieu.

Si de manière générale les médias du Nord ont réussi à gagner leur place de pouvoir sine qua non d’une démocratie digne de ce nom, il n’en est pas de même pour leurs collègues du Sud qui sont souvent transformés, parfois sans le savoir ni le vouloir, en lampistes et autres thuriféraires qui bourrent leurs concitoyens de banalités au point d’apparaitre comme les vecteurs de tout ce qu’on décrie depuis des générations sur le continent : mauvaise gouvernance, famine, guerres, dictatures, dilapidation et confiscation des richesses nationales, corruption, maladies endémiques, émigration sauvage, destruction de l’environnement, etc. Ces questions qui rongent les pays du Sud, faisant d’eux des éternels dépendants de l’aide au développement en dépit de leurs richesses potentielles, ne trouvent pas beaucoup de places dans les médias du Sud.  Et quand elles sont abordées, elles le sont d’une manière souvent superficielles et parfois biaisées, volontairement ou pas. Et dans les médias du Nord, ces mêmes questions, qui menacent l’existence même des pays du Sud et qui ont parfois des ramifications dans les pays du Nord, sont des faits divers qui n’intéressent pas grand’ monde et partant n’y ont presque pas de place, sauf en cas de catastrophe. Faut-il les blâmer ? Il appartient donc aux journalistes africains d’écrire l’histoire présente du continent en se focalisant sur les vrais enjeux et défis du continent.

Ce que nous sommes

Le CM-GOR (Centre des médias pour la gouvernance et la redevabilité) est un centre mobile sous la forme d’une organisation à but non lucratif basée au Canada et dédiée à la lutte contre la pauvreté en Afrique par la formation et la sensibilisation, d’un coté, des journalistes aux questions de la gouvernance en tant que moteur du développement et du bien-être social des communautés ; et de l’autre des citoyens à leur rôle participatif pour exiger des comptes aux personnes qui gèrent les communautés en leurs noms. D’une part, Il s’agit pour les journalistes et autres professionnels des médias d’être formés, outillés et encouragés à couvrir, à traquer et à dénoncer tous les  actes de mauvaise gouvernance qui sont à la base de la pauvreté endémique et de la misère des populations tels que la corruption, la concussion, les détournements de l’argent public ou de la coopération, les vols, l’évasion fiscale, le bradage du patrimoine national, les fonds des projets fantômes ou inachevés, le blanchiment de l’argent d’origine criminelle, le népotisme et le clientélisme, etc.

D’autre part, Il s’agit également d’éduquer les membres des communautés à ne pas être de simples spectateurs indifférents de leurs destinées collectives en commençant par s’intéresser à ce qui se passe autour d’eux, surveiller la manière dont on gère la communauté et surtout à demander des comptes à tous ceux qui gèrent et agissent au quotidien en leur nom en les sanctionnant positivement ou négativement.

Notre ambition est de contribuer à l’amélioration du contenu des médias d’Afrique de manière avec pour fondement philosophique l’obligation déontologique de solidarité entre les journalistes et médias du Nord et ceux du continent africain au travers des stratégies de coaching, de mentorage, d’échange d’informations et d’expertises, de missions conjointes sur terrain, de stages et de formation sur site, de publication conjointe, etc.

Nos formations sont pratiques et interactives. Elles s’adressent aux journalistes en pleine carrière qui veulent se recycler ou se lancer dans le domaine de la gouvernance et de la redevabilité. Nos formations s’adressent également  aux communautés de base qui n’ont pas souvent accès aux médias via leurs leaders sociaux que sont l’enseignant, le chef religieux local, l’infirmier et médecin, le chef de quartier, etc. Nous faisons appels à des journalistes/experts ayant pignon sur rue dans les questions de gouvernances et de redevabilité, des enquêtes difficiles et de la recherche documentaire. Ils viennent sur le terrain partager leurs expériences et accompagner ceux qui le désirent.

 

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