Congo/Brazzaville: Quatre morts suspectes et pas d’enquête crédible

Il y a huit ans, un journaliste franco-congolais très engagé dans la lutte contre les biens mal acquis par certains chefs d’Etats africains dont celui de son pays le Congo/Brazzaville, est décédé après avoir « échappé » à un incendie mystérieux de son domicile qui avait calciné sa compagne ainsi que deux petits enfants de cette dernière. Aucune enquête policière digne de ce nom n’a été conduite sur cette scabreuse affaire qui a pourtant fait quatre morts.

En effet, Bruno Jacquet Ossébi, correspondant local du journal en ligne d’opposition Mwinda (Lumière) est décédé brusquement, dans la nuit du 1er au 2 février 2009, à l’hôpital militaire de Brazzaville. Motif officiel : embolie pulmonaire ! Seulement, douze jours plus tôt, le journaliste, très en vue à Brazzaville, avait réchappé de l’incendie, encore non élucidé à ce jour, survenu à son domicile d’un quartier populeux de Brazzaville, dans lequel ont péri sa compagne et les deux enfants de cette dernière. Déjà à l’époque des interrogations fusaient de partout sauf des officiels congolais. S’agissait-il d’un accident ou d’un incendie criminel ? Le journaliste qui s’apprêterait déjà à quitter l’hôpital a-t-il subitement succombé des suites logiques de ses brulures ou l’y a-t-on aidé ? L’absence d’une enquête professionnelle digne de ce nom continue à faire peser des doutes sur les causes de ces morts et à entretenir le mystère près de dix ans bientôt.

D’autant plus que des actes posés ou pas lors de cette scabreuse affaire n’ont pas du tout arrangé les choses. Il n’y a jamais eu d’expertise réelle sur le lieu de l’incendie où le feu n’avait pris que la maisonnée du journaliste épargnant la grande maison et la boutique. Bien plus, le propriétaire de la maison, qui se trouvait être un colonel de l’armée, n’avait trouvé mieux à faire que de démolir totalement ce qui restait de la maison moins de 24 heures après, hypothéquant ainsi toute chance d’une enquête crédible. La commission rogatoire mise sur pieds n’a jamais interrogé le colonel-propriétaire de la maison sur les motivations de son acte, lui qui n’était pas sensé ignorer que dès l’instant où il y a eu mort d’homme dans sa maison, celle –ci était devenue une scène de crime à protéger de toute contamination sous peine d’entrave à la justice. Et lorsqu’Ossébi succombe brusquement, il n’y a eu aucune autopsie du corps en dépit du tollé qu’avait suscité pourtant cette affaire. Déjà à l’époque, il y avait eu une succession de négligences des enquêteurs qui avait fait  craindre une impasse dans la recherche de la vérité.

Par contre, dans le camp des officiels congolais on a tout fait pour rire et minimiser l’affaire, y trouvant un vilain plaisir allant jusqu’à remettre en cause la qualité de journaliste de Bruno Ossébi et à pousser à une campagne de diabolisation du mort. Comme si celle-ci enlevait quelque chose aux quatre morts. Selon une enquête de Reporters sans frontières (RSF) et Journaliste en danger (JED) à l’époque, « trois jours avant l’incendie de sa maison, cet ardent militant anti-corruption, impliqué dans la plainte dite des « biens mal acquis » visant le président Denis Sassou-Nguesso, venait pourtant de publier un article dénonçant un accord de préfinancement, interdit par la loi, entre une banque française et la Société Nationale de Pétrole du Congo ». Ceci aurait-il expliqué cela ? Peut-être oui, peut-être non. Ce qui est certain c’est que l’enquête bâclée sciemment permet jusqu’à ce jour à la vérité de ne pas être connue et à la justice de ne pas être faite. Pourtant, cette vérité et cette justice, les autorités congolaises la devront toujours à tout le monde, en commençant par les familles des victimes.

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